Voici une réponse un peu tardive au tag gentiment proposé Stephie, sur l’art de choisir ses lectures.

En guise d’introduction, disons que choisir un livre, c’est opter pour un texte, une histoire qui font vibrer, mais c’est aussi jeter son dévolu sur un objet qui ornera les rayons d’une bibliothèque ou sera amené à voyager dans le fond d’un sac.

Pour tout lecteur qui se respecte, le choix d’un livre, c’est avant tout celui d’un contenu, qui peut être une intrigue alléchante, un style envoûtant ou un auteur fétiche. Comme la plupart de mes confrères lecteurs, c’est en errant au milieu des livres que je fais les rencontres les plus marquantes. Dans les bibliothèques publiques comme dans les librairies, l’essentiel est de se donner le temps, de regarder, de toucher, voire de sentir, les livres. Il y a d’abord les tables sur lesquelles sont offertes au regard du lecteur avide des couvertures de plus en plus colorées à mesure que passent les années. Gare aux artifices ! Il est plus sage de rester sur ses gardes en jetant un œil rapide sur la quatrième de couverture ou en feuilletant quelques pages prises au hasard, pour voir si le charme opère. Mais le plus délectable, c’est l’errance parmi les rayonnages, un doigt effleurant les tranches ornées de titres plus ou moins séduisants. Il suffit alors de faire basculer vers soi le livre pour renouveler le doublé quatrième-quelques lignes lues au hasard. Je peux consacrer ainsi des heures entières au choix d’un seul livre, relevant un titre, l’abandonnant, avant d’y revenir.

Pourtant il m’arrive également de foncer droit au but pour extraire sans ménagement l’ouvrage que je cherchais précisément. Et comment acquérir une telle certitude dans l’achat ou l’emprunt ? en consultant d’autres lecteurs. Les avis d’amis sont les premiers que l’on suit, puis viennent ceux des connaissances, sur les rangs desquels je compte de plus en plus fréquemment les blogolecteurs, ainsi que les collègues. Rien de tel pour donner envie de lire que d’écouter ceux qui ont apprécié un ouvrage. Rien de plus agréable que de se dire, au fil des pages, que cette lecture est une sorte de discussion à distance avec la personne qui nous a conseillé.

J’avoue laisser parfois ma curiosité se faire influencer par des avis moins spontanés. Les chroniques littéraires des magazines et journaux peuvent être des pistes de choix, un encouragement à aller voir de plus près certains ouvrages que l’on aurait ignorés. Parmi mes lectures favorites, la rubrique culturelle de Elle et, dans un tout autre, les critiques de Télérama et du Monde.

Pour en finir avec le contenu, n’oublions pas le choix compulsif, celui qui nous tient en haleine pendant des semaines : la sortie du nouvel opus d’un auteur fétiche. A peine la date annoncée, on planifie, on rêve cet achat. Dans ce cas, c’est davantage le livre qui nous choisit, car on sait qu’il est absolument indispensable qu’il vienne rejoindre ses grands frères sur les rayonnages de notre bibliothèque.

Une fois l’ouvrage choisi, il faut encore prendre dans la pile le bon exemplaire, celui qui convient parfaitement. Poche ou grand format ? neuf ou occasion ? édition originale ? Il m’est arrivé de démonter totalement la belle pile érigée par le libraire pour extraire le seul et unique livre qui me plaisait, celui qui n’était pas corné, dont la couverture n’avait pas été tachée par les doigts graisseux des précédents clients, dont les pages étaient bien découpées. Là encore le temps ne doit pas compter. Choisir un livre, c’est donner sa confiance à un auteur ou à une histoire. Et comme en amitié, un tel choix ne tolère aucune concession.

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