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Le coupeur de roseaux est un roman hors du temps. C’est davantage un récit qui met en valeur des lieux. Le premier tiers de l’œuvre consiste en effet en une description amoureuse des paysages que parcourt le narrateur. Les formes et les couleurs, mais aussi les impressions qui s’en dégagent, sont minutieusement dépeintes. Aux propres sentiments de ce personnage central, qui reste  en retrait, se superposent ceux d’auteurs antérieurs qui ont décrit, en leur temps, le sanctuaire de Minase et ses alentours. Cette entrée en matière apaise autant le lecteur qu’elle le rend impatient de découvrir l’histoire du coupeur de roseaux. C’est comme si l’on devait mériter cet ancien conte qui forme le cœur même du roman.

Car le coupeur de roseaux n’est en réalité qu’un prétexte pour introduire un vieux conte japonais, où s’entremêlent histoire d’amour impossible et célébration des valeurs traditionnelles. Un trio amoureux se livre à un arrangement hors du commun – et un peu malsain – pour préserver les sentiments les plus élevés, tandis que les contraintes familiales et sociales s’ingénient à bouleverser le fragile équilibre. On apprécie la place réservée aux arts (musique et poésie) dans le récit, ainsi que l’atmosphère discrètement religieuse de la fête de la lune, qui donnent à l’ensemble une note merveilleuse. On goûte avec plaisir une forme d’initiation à la culture nippone.

Ce court roman est une invitation à la lecture d’autres œuvres de Tanizaki, pour prolonger cette parenthèse enchantée et plonger plus avant dans une écriture poétique et apaisante.

Le coupeur de roseaux, Junichirô Tanizaki, 1932.

Et qu’en a pensé djak, avec qui ce roman a fait l’objet d’une lecture commune ?

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