David a douze ans lorsque sa vie bascule. Sa mère disparaît, emportée par la maladie. Son père se remarie. Il hérite d’un petit frère, dans une nouvelle maison, loin de Londres, au cœur de la Seconde Guerre mondiale. Au milieu de ce chaos, seuls les livres apaisent David. Des livres qui se mettent à lui parler, ceux de sa nouvelle chambre comme ceux du cabinet médical. Mais c’est une autre voix qu’il suit pour échapper à ce monde qui ne semble plus lui convenir, celle de sa mère. Et elle le conduit dans un monde aussi étranger qu’étrange. David découvre en effet un univers bien curieux, où les Sire-Loups, mi-hommes mi-loups, tentent de s’emparer du pouvoir, où Blanche Neige n’est plus qu’une grosse dondon acariâtre et les sept nains des bolcheviks en puissance, où les contes traditionnels prennent une tournure surprenante. Le livre des choses perdues, qui appartient au roi, semble être seul en mesure de renvoyer le héros chez lui.

Ce sont donc les aventures de David sur le chemin du château royal qui constituent le cœur du roman. Un récit où l’univers des contes est à la fois mis à mal et magnifié. Il est plaisant de parcourir ce monde qui, sans rien offrir de très original, revisite les contes traditionnels. Le lecteur, comme David, a l’impression de se trouver en terrain connu, cependant il est tenu en haleine par les entorses faites à la tradition et par la quête du livre des choses perdues. Les personnages secondaires, comme le Garde forestier ou Roland, servent de faire-valoir au héros, mais ont aussi leurs propres destinées qui créent des intrigues secondaires. Ils guident David dans son voyage vers le château et l’accompagnent dans son évolution personnelle, de l’enfant craintif et en colère contre le monde entier à l’adolescent mûri par les épreuves.

On regrettera toutefois que les paysages de ce monde merveilleux ne soient pas davantage décrits : ils auraient donné plus d’épaisseur à l’univers fabuleux. Enfin, s’il est un point faible manifeste à mes yeux, c’est l’épilogue du récit. Que l’on suive le héros jusqu’à la fin de sa quête, voilà qui est satisfaisant. En revanche, le dernier chapitre, qui porte au-delà de la recherche du livre des choses perdues, n’est pas indispensable. En voulant à tout prix boucler la boucle, l’auteur prive finalement son lecteur de la possibilité d’exercer son imagination. C’est là une maladresse récurrente dans ces ouvrages qui s’adressent tant aux lecteurs adolescents qu’aux adultes – que l’on repense au chapitre final du dernier Harry Potter, « dix-neuf ans plus tard ». De grâce, qu’on nous épargne le happy end hollywoodien, et qu’on préserve la liberté d’imaginer le devenir des personnages romanesques !

Le livre des choses perdues, John Connolly, 2006.

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