Dans ce recueil de douze récits, Stefan Zweig propose une nouvelle lecture de l’Histoire humaine, et en particulier des événements qui viennent en bousculer le cours. Il met en valeur ces moments « d’une grande concentration dramatique, porteurs de destin, où une décision capitale se condense en un seul jour, une seule heure et souvent une seule minute ».

Zweig ne se contente pas de présenter des faits, mais il prend le temps de brosser un tableau du contexte, de décrire les sentiments des protagonistes de ces épisodes historiques plus ou moins connus. Le lecteur se trouve entraîné dans des missions exploratrices qui modifient la perception que les hommes ont du monde : il suit ainsi les traces des découvreurs du Pôle Sud ou de l’intrépide Nunez de Balboa, inventeur de la route terrestre entre les océans Atlantique et Pacifique. Les grands sont mis à l’honneur, qu’il s’agisse d’hommes d’Etat comme Napoléon et Lénine, ou encore d’artistes comme Tolstoï, Haendel ou Goethe. De plus obscures  figures se voient offrir une nouvelle gloire, tels Rouget de Lisle ou Cyrus W. Field, initiateur de la première ligne télégraphique transatlantique. On se trouve aussi plongé dans la ferveur du champ de bataille, de Constantinople assiégée par les Turcs à Waterloo.

Mais les faits n’importent plus tant que la structure du récit. Le lecteur sent monter la tension vers le moment clé où l’histoire bascule. Il accompagne le personnage principal dans son destin, en se laissant guider par un style bien éloigné de celui des historiens. Une pluie de qualificatifs, des envolées lyriques, un brin de grandiloquence ne peuvent que séduire même le plus rétif à l’Histoire des lecteurs.

Au-delà de l’écriture de Zweig, de l’intérêt des faits proposés, on peut enfin relever la portée quasi philosophique de cette œuvre. C’est finalement une réflexion sur le sens de l’Histoire qui est menée ici, sur la fragilité du destin de l’Humanité, qui dépend du bon vouloir, parfois de la folie, d’un individu. Et Zweig s’inscrit alors dans la lignée des auteurs qui se sont interrogés sur cette notion du moment opportun, celui où une décision fait irrémédiablement prendre une nouvelle direction au cours des événements.

Cet ouvrage a été lu dans le cadre du bébé challenge « Ich liebe Zweig », organisé par Karine et Caro[line].

Les Très Riches Heures de l’Humanité, Stefan Zweig, 1939.

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