4e de couverture : Prisonnier depuis huit ans dans un camp de travaux forcés sous le régime stalinien, Choukhov, petit homme bon et débrouillard, est un zek, un détenu dans le langage administratif soviétique. Harcelé par ses bourreaux, le froid et la faim, il s’adapte pour survivre avec dignité dans un univers inhumain.

Ivan Denissovitch est un roman, mais on l’oublierait presque. Avant même de paraître, ce livre a eu une histoire : il a fallu beaucoup de ténacité et de ruse pour qu’il soit publié avec l’aval du premier secrétaire Khrouchtchev. Il s’agit en effet d’un récit bâti sur les souvenirs personnels de Soljenitsyne, une entrée en matière avant l’Archipel du Goulag, et donc un récit dérangeant pour ceux qui s’efforçaient de faire oublier les horreurs des camps de travail forcé.

Ecrit dans l’argot utilisé par les zeks, mâtiné d’expressions propres à chaque prisonnier, Ivan Denissovitch décrit la journée du héros éponyme, du lever dans le froid de la baraque 9 au coucher le ventre plein. Loin d’être morne et triste, ce récit met en scène les zeks dans leurs activités quotidiennes, qu’il s’agisse de la quête perpétuelle de nourriture, avec toutes les « maraudes » qu’elle implique, aux travaux forcés proprement dits. On suit Choukhov dans ses petites combines qui rendent la vie moins dure, dans son travail de maçon qu’il accomplit avec soin et presque enthousiasme. On se réjouit avec lui des bonnes surprises et on tremble à ses côtés quand il contourne les règles du camp. Les rapports entre prisonniers sont décrits avec simplicité, et soulignent sans bienveillance les faiblesses de chacun dans cette vie hors norme.

A suivre ces aventures, présentées comme un journée ordinaire d’un zek de la brigade 104, le lecteur se prend au jeu, et le contexte du Goulag s’atténue. Jamais Staline n’est mentionné, rarement les soviets. Les raisons de l’emprisonnement ne semblent plus importantes. Ce qui compte, c’est le moment présent, celui de la kacha qu’il faut savourer car elle est chaude, celui de l’histoire que conte le brigadier dans la chaleur du poêle, celui du mégot de cigarette offert par le collègue.

D’aucuns, étudiant le roman avec acharnement, y ont vu une critique de la société soviétique ou une réflexion philosophique sur la recherche du salut. Ivan Denissovitch est certes un témoignage de la vie dans le Goulag stalinien, mais c’est surtout une leçon d’humilité, un encouragement à savoir se contenter des bonheurs simples du quotidien.

Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre Soljenitsyne, 1962 (1e édition)

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