Lorsque je suis allée acheter ce roman en prévision d’une lecture commune sur le forum Livraddict, le libraire m’a répondu en levant les yeux au ciel. Guère encourageant.

Et pourtant, dès les permières pages, je me suis laissée prendre par l’intrigue et par l’écriture de James Ellory. Même sans avoir parcouru la quatrième de couverture, il apparaît rapidement évident que le sujet du roman est Joseph davantage que le mystère qui entoure les assassinats de petites filles. Il est plaisant que, pour une fois dans un thriller, ce ne soit pas l’enquête qui soit mise au premier plan, mais plutôt la manière dont les crimes sont perçus, par le héros évidemment, mais aussi par son entourage. L’atmosphère est pesante à souhait, les personnages sombres et un peu désespérants (Reilly Hawkins, en particulier). Le bonheur est fragile. Les rebondissements de l’intrigue apparaissent moins par les crimes ou les drames que connaît Joseph que par la déception ou le désespoir qu’ils lui infligent.

La première partie du récit, présentée un peu comme un roman d’initiation, mêle avec bonheur les chroniques d’une petite ville géorgienne et la construction de la personnalité de Joseph. Son départ pour Brooklyn marque le début d’une nouvelle vie pour lui et d’une nouvelle phase du roman. La description du quotidien new yorkais, de son insouciance et de ses outrances rompent brutalement avec le récit antérieur. On en oublierait presque le fil rouge de l’intrigue, si ce n’étaient les incises du narrateur. Et puis il y a la plongée dans l’univers carcéral, qui coïncide avec le succès littéraire du héros. Ce roman propose des univers bien différents, reliés avec beaucoup d’habileté dans la construction du récit. J’ai apprécié ces changements de décors, qui rappellent au lecteur que, malgré toute la bonne volonté du monde, il est impossible d’échapper à son destin, celui de Joseph étant étroitement lié à celui des meurtres.

Seul le silence est davantage le roman d’une vie que celui d’une intrigue policière à proprement parler. C’est, me semble-t-il, ce qui fait sa force et qui évite que le lecteur ne se lasse. On se laisse guider au rythme de la vie de Joseph, sans se soucier de « qui l’a fait ». On regarde le héros se faire malmener par la vie, et, avec lui, on se prend à espérer, bercés que nous sommes par le style fluide et agréable de James Ellory.

Seul le silence, James Ellory, 2008.

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