Quentin Hobson Clark est un jeune avocat de Baltimore, dont l’avenir semble tout tracé. Il est cependant le témoin fortuit des funérailles d’Edgar Poe, dont il est un lecteur assidu. Découvrant que le poète est mort dans des circonstances étranges, Clark s’efforce d’éclaircir ce mystère. Ses recherches le mènent sur les traces du héros de Poe, C. Auguste Dupin, jusqu’à Paris, mais le font aussi s’aventurer sur les plates-bandes du tout récent président de la Seconde République française, Louis-Napoléon Bonaparte.

A priori, ce roman présentait toutes les qualités pour me séduire : un contexte historique, celui des années 1850 en France et à Baltimore ; une intrigue sous-tendue par une enquête ; des références littéraires, grâce à l’œuvre de Poe. Dans son précédent roman, Le cercle de Dante, Matthew Pearl était parvenu à mêler ces ingrédients avec un certain brio. C’est donc avec confiance que je m’aventurais dans cette lecture.
La déception n’en a été que plus grande ! et cette lecture dont je me faisais une joie s’est révélée bien terne.

L’arrière-plan historique n’est pas convainquant. Malgré les efforts de l’auteur pour multiplier les détails, en particulier dans sa description de Paris (peut-être pour rentabiliser les recherches que ce passage lui a demandées), je ne me suis pas sentie immergée au cœur du XIXe siècle. N’est pas Maupassant ou Zola qui veut. Le réalisme est un procédé difficile à manier, et Matthew Pearl ne semble pas encore bien le maîtriser.

Les références littéraires sont bien pâles, elles aussi. Elles se concentrent essentiellement sur une réflexion autour des nouvelles ayant Dupin pour héros, et sont répétitives. Clark est en effet obsédé par la quête de l’homme qui a servi de modèle à Poe pour modeler ce personnage. Son obsession devient rapidement agaçante pour le lecteur, qui comprend qu’elle est vaine bien avant le héros. Car Clark est un personnage dont on vient à penser qu’il est stupide et plutôt lent d’esprit. Plus d’une fois, j’aurais aimé le secouer. La difficulté à s’attacher au personnage central de l’histoire est à mon avis un des éléments qui gâchent le plus cette lecture.

Le style pose lui aussi problème. Il est trop apprêté, ampoulé. Les dialogues sonnent faux : en voulant simuler le langage policé du XIXe siècle, l’auteur se perd dans des formulations qui manquent de spontanéité. Et le lecteur s’ennuie.

Quant à l’intrigue, elle se perd dans des rebondissements invraisemblables, où les personnages deviennent incohérents, où l’histoire de France est malmenée (que diable les Bonaparte viennent-ils faire dans cette galère !) et où l’on n’avance guère dans l’élucidation de la mort de Poe. Même la vague histoire d’amour n’est pas passionnante.

Je n’ai donc pas été convaincue par cette lecture. Je suis pourtant allée au bout du roman car je voulais comprendre où l’auteur comptait aboutir. Peut-être aurais-je mieux fait de m’abstenir ? Maigre consolation, ce livre ne m’a coûté qu’un peu de temps car je l’avais emprunté en bibliothèque.

L’ombre d’Edgar Poe, Matthew Pearl, 2009.

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